On l’appelle le syndrome du sauveur. Ce n’est pas un diagnostic, plutôt une expression de la psychologie populaire, mais elle met des mots sur quelque chose que beaucoup de gens reconnaissent d’emblée : ce réflexe d’aider, de porter, de réparer les autres, souvent avant même qu’ils nous l’aient demandé.
Je connais ce réflexe de l’intérieur. Je l’ai habité pendant des années.
Quand aider devient un rôle
Aider est une belle chose. Le problème commence quand l’aide cesse d’être un choix et devient une identité : « Je suis celui ou celle sur qui on peut compter. » Dans ce cas, on ne choisit plus d’aider, on ne sait plus faire autrement.
Si vous vous reconnaissez, vous remarquerez peut-être que vous :
- sentez les besoins des autres avant les vôtres, et parfois à leur place ;
- avez du mal à dire non, ou à laisser quelqu’un traverser sa difficulté sans intervenir ;
- vous sentez important quand on a besoin de vous, et un peu perdu quand ce n’est pas le cas
Le triangle de Karpman : trois rôles, un seul jeu
En 1968, le psychiatre américain Stephen Karpman a décrit ce qu’il a appelé le triangle dramatique. Il propose de voir certaines relations comme un jeu à trois rôles : le Sauveur, la Victime et le Persécuteur (que l’on appelle aussi, selon les traductions, le bourreau).
Le point clé, c’est que ces rôles ne sont pas fixes. Celui qui sauve peut se sentir peu à peu méconnu, épuisé de donner sans retour, et le voilà dans la peau de la victime. Puis la frustration monte, vient une remarque amère, un reproche, et le voilà persécuteur. Puis la culpabilité arrive… et il repart sauver. Le triangle tourne, et chacun y perd un peu de lui-même.
Je l’ai vécu dans mon métier. J’avais choisi la voie de thérapeute en partie parce que je croyais pouvoir « sauver le monde ». Résultat : je me retrouvais aussi victime, et parfois bourreau. Pas idéal quand on accompagne des personnes.
Ce qui se joue à l’intérieur
C’est la question qui m’intéresse le plus : que cherche-t-on quand on veut sauver les autres ?
Souvent, on cherche quelque chose pour soi : de la valeur, de la reconnaissance, une place, la preuve qu’on mérite d’être aimé. Sauver l’autre est un chemin détourné pour se donner à soi-même ce qu’on n’ose pas se donner directement.
Et si la personne qui a le plus besoin d’être « sauvée »… était celle qui sauve ? Pas dans un sens dramatique, mais dans un sens très simple : être vue, entendue, accueillie telle qu’elle est, sans avoir à être utile.
Ce que j’ai fini par comprendre
Un jour, j’ai remarqué que mon sauveur intérieur n’était pas un héros. Il avait juste besoin d’amour.
Ce jour-là, quelque chose s’est détendu. Je n’avais plus à prouver ma valeur en portant les autres. Je pouvais accompagner sans porter, être présent sans m’oublier. Et paradoxalement, c’est là que mon accompagnement est devenu plus juste.
Sortir du triangle
Il existe une façon de sortir de ce jeu. La thérapeute Acey Choy a proposé le triangle gagnant, qui remplace les trois rôles par trois attitudes :
Sauveur → Attentionné : on se soucie de l’autre sans faire à sa place.
Victime → Vulnérable : on reconnaît ses limites et ses besoins, sans s’effacer.
Persécuteur → Assertif : on dit clairement ce qui est acceptable pour soi, sans attaquer.
Cela ne se fait pas du jour au lendemain, mais le premier pas est souvent simplement de remarquer le rôle que l’on joue.
Quelques questions pour vous
Prenez quelques minutes, sans chercher la « bonne » réponse :
Dans quelle relation ai-je tendance à prendre en charge plus que ma part ?
Qu’est-ce que je cherche, au fond, quand je viens en aide ?
Qu’est-ce que je m’offrirais si je n’avais rien à prouver ?
Et maintenant ?
Je crois profondément que chacun peut se rapprocher de ce qu’il est vraiment, et retrouver une forme de paix intérieure. Si cet article résonne en vous et que vous souhaitez explorer ce qui se joue pour vous, la porte du cabinet est ouverte. Vous pouvez prendre rendez-vous ici.
Alexandre Christe, hypnothérapeute à Montfaucon (Jura)